Défragmenter le mouvement,
l’affranchir de ses contraintes du temps,

Prendre l’animation et la ratiner sur elle-même,
malaxer temps et mouvement, jusqu’à libération.
Fixer le tout dans une image unique, holongraphie.

Arrêter le temps, c’est stopper cet effort permanent que nous faisons pour confirmer la solidité de notre existence, c’est se confronter au chaos juste en dessous…<

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Buster Keaton in Steamboat Bill, Jr -1928

 

assassinat de John Lennon - 9 décembre 1980

Trois Freres sanctuary, sketch by Abbe Breuel, _800

 

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Frankenstein, 1931 - huile sur toile

Frankenstein, 1931

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les oiseaux

 

À rebours du travail d’animation où je reconstitue le mouvement par une succession d’images immobiles, équidistantes dans le temps, pour une « holongraphie » je compose avec la somme des dessins, non étalés dans le temps cette fois mais figés, amalgamés, agglomérés.

L’application numérique dédiée que j’ai développé au fil des projets me permet une recombinaison à l’infini des instants de l’animation : le temps devient matériau à sculpter.

Libérer cette succession formelle des images, fragmenter le mouvement, assouplir le muscle du temps, décomposer l’animation, la ratiner sur elle-même, aux frontières du chaos.

La palette graphique devient filet à papillon, je plonge avec mon stylet dans l’informe pour capturer une empreinte de ce chaos. Joie du pinceau numérique, geste augmenté par le support algorithmique, recomposition à l’infini le flux des instants dissociés, chaque coup de stylet libère l’espace, offre une nouvelle composition.

Peindre, ici, c’est reconfigurer sans cesse, s’essayer à une sorte de réponse rythmique, substituer une pluralité mobile à la linéarité du mouvement, trouver un équilibre provisoire, une posture précaire échappée du chaos. (Écriture et déplacement dans l’œuvre d’Henri Michaux, Jean-Michel Maulpoix).

Instant fixé, résultat de l’émergence de cette immersion dans le chaos, la composition obtenue nous fait pénétrer dans un monde séculaire, proche de l’enchevêtrement des figures des peintures rupestres. Selon Jean Clothes, malgré leur réalisme, les panneaux ornés n’étaient pas le résultat d’une simple accumulation d’images; ils allaient bien au-delà et constituaient de véritables passages vers le monde des esprits, des sortes de panoramas que les chamanes venaient chaque fois vivifier et enrichir et où ils pouvaient pénétrer lors de la transe. Rajouts, repassages, surcharges ne sont donc là que pour raviver, revitaliser et renforcer les panneaux où l’on vient chercher force et énergie (Jean Clothes & J.D. Williams, Les chamanes de la préhistoire).

Cette plongée dans le monde chaotique permet d’extraire le holon de son état lumineux d’origine pour le fixer dans le monde tangible.

Sortie de la grotte, cette trace s’affiche désormais dans l’espace public, dans un monde où la connaissance est devenue accessible à tous. Animation fixée dans le métal, mystère exposé à l’air libre, énergie ravivée, la sculpture numérique est une invitation au mouvement, à la mémoire et au partage.

Telle une peinture rupestre, cette empreinte numérique marque le sceau d’un monde déjà révolu: révolution numérique, intelligence collective, expérimentations génétiques, trans humanisme, altération géologique… nous touchons la fin d’un cycle, les mutations sont partout, l’humain est en suspens dans ce monde en métamorphose.